Le Cristal et le monde des arts visuels


Comme on a vu dans notre post de la semaine dernière, les minéraux et les cristaux fascinent l’être humain depuis très très TRÈS longtemps, mais pourquoi ?

Jacopo de Barberi, Luca Pacioli (1499)
Aujourd’hui je vais vous parler un peu sur l’utilisation des pierres que l’on aime autant dans les arts, et pourquoi ils fascinent les artistes aussi. Car ce n’est pas (que) pour leurs pouvoirs de guérison que des artistes travaillent autour de cet univers.

L’image du Cristal a beaucoup été utilisé dans les arts visuels à travers les siècles ; en effet, cela est si commun que l’on peut considérer même comme étant presque une obsession. Des formes solides et géométriques représentant des cristaux existent dans les arts du XVe siècle – exemples comprenant le portrait Luca Pacioli de Jacopo de Barberi (1499) , et Melancholia I (1514) de Durer, tous les deux représentant des polyèdres. Avec ses multiples potentialités, au même temps que les cristaux sont un phénomène géologique, ils sont aussi vus comme des objets de fascination esthétique, des points d'éclair pour les intensités affectives et aussi symboliques.

Albrecht Dürer, Melancholia I (1514)  
 
C’est au XXe siècle que l’utilisation des formes cristallines est devenue une vraie « obsession » parmi les artistes, surtout dans les années 60 et 70, début de l’art que l’on appelle aujourd’hui de « contemporaine » - avec le Land Art, ou le earth art. Mais le cristal est devenu un sujet majeure de l’art contemporain non parce que ce sont des formes pures, stables et intemporelles, mais plutôt pour une raison plus… philosophique.

Les cristaux ont été étudiés par Archimède, Platon et Aristote, par Kepler et Descartes, parmi d’autres. Au cours de la Renaissance, les cristaux étaient vus comme des symboles de perfection, qui posséderaient une forme rationnel et tous les éléments fondamentaux à la vie, à savoir la terre, l’air, le feu et l’eau. Dans la plupart des civilisations antiques c’étaient des objets de fascination, capables de résonner l’immuabilité et la transformation simultanément.

Les cristaux, ces choses, s’articulent dans la ligne très étroite de ce qu’est animé, vivant, et ce qu’est inanimé, mort. Et c’est autour de cette ligne d’incertitude que la fascination pour les cristaux existe dans les arts visuels et dans la philosophie ; car ils sont indiscernables dans leur classement. On sait que les molécules et les composants chimiques sont toujours (ou presque) classifiés comme organiques ou inorganiques. Parce que les cristaux ne contiennent pas de carbone, ils sont généralement classifiés comme inorganiques - et pourtant ils grandissent et se transforment en réponse des forces environnementales, tels que ce qu’est de nature organique.

Pendant que tous les objets ont des fréquences et vibrations naturelles, les cristaux – particulièrement le Quartz exploite l’énergie de façons inhabituelles comme dans les radios, les montres, les ordinateurs, les téléphones portables et… l’art.

Le Cristal est ainsi utilisé comme un matériel, un procès et une propriété émergeante dans une gamme de pratiques artistiques. Dans l’architecture, la « Michael Lee-Chin Cristal » au Royal Ontario Museum à Toronto, ou l’architecture expressionniste allemande en verre du début du XXe siècle par exemple, représentent cette séduction du cristal, qui semble avoir une habilité de matérialiser l’idée de transparence, de transformation vitaliste et de stabilité puriste.

En 2008, l’artiste Roger Hiorns et son équipe ont renforcé les murs et le plafond d’un appartement au rez-de-chaussée qui devait être démoli et les ont recouvert avec une pellicule plastique. Ensuite, 90000 litres d’une solution chauffée de sulfate de cuivre ont été versés par un trou dans le plafond, et après quelques semaines, quand la température de la solution est tombée, le liquide a été enlevé, ouvrant la voie pour que des cristaux se forment. Quelques mois après, tout l’intérieur de la maison était cristallisée. A propos de cette œuvre, Hiorns affirme, « je ne suis pas un scientifique. Je suis plus préoccupé par le démarrage d'un processus naturel, qui continuera par lui-même. Ça ne finit jamais, ça ne s’arrête pas. Hiorns joue justement avec l’organicité, l’aspect vivant de cette chose qui, d’après la science, n’est pas organique.

 

Dans les œuvres de David Altmejd on s’aperçoit que l’artiste joue avec ce même aspect, cette même ligne entre le vivant et le mort. On voit les cristaux prendre une forme violente et inquiétante avec ses sculptures hybrides de l’humain, l’animal et le cristal, surtout dans Index (2007). Grotesquement beau, ce travail a une aura de science-fiction. « Au lieu de pourrir, les personnages de mon travail sont en train de cristalliser. Cela fait que la narrative des pièces vont vers l’avant, la vie plutôt que la mort » explique Altjmed. Index déploie le cristal dans une ré conception de l'animal et de l'homme, rendant corporelles les énergies créatrices fondamentales qui traversent des frontières entre des matières animées et inanimées.

 David Altjmed, Index (2007)

Sculptures faites pour l'album de Yeasayer’s Amen & Goodbye à gauche et Eye (2015) à droite

Flux (2015)
 

Kyle Montgomery à son tour s’utilise de l’icône sacré de la Vierge Marie pour en incorporer des cristaux à des sculptures trouvées de la sainte. Comme des juxtapositions entre spiritualité et religion, la Vierge de Montgomery est représentative d’une collision de ces deux croyances. L’idée de vie après la mort, du pouvoir des conseils et du soutien tant de la sainte comme du cristal, la forme organique et inorganique à la fois, tout est présent et rend le symbolisme de ces pièces très fort.


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